Charbonnière en fosse

Lors de mon séjour aux Pays Bas, j’ai, en dehors de la charbonnière en meule, participé à l’expérimentation de cuissons en fosses.

Silke et Janneke, deux archéologues, ont proposé l’étude de la carbonisation en trois fosses à titre expérimental. Silke est anthracologue, elle étudie les charbons de bois. Ses recherches lui permettent de discerner les différentes espèces végétales carbonisées et aussi si c’est de la branche ou du tronc de l’arbre. Elle a fouillé un certain nombre de fosses, des rondes et des carrées.

Elle voulait savoir comment opérer pour passer du savoir au savoir-faire, en réalisant diverses cuissons.

Deux fosses carrées et une en rond, avec Adrien nous avons proposé diverses manières de conduire le feu tout en respectant les protocoles expérimentaux.

Remplissage première fosse carrée.
Superposition de chêne coupé court et de rondins longs de boulot.
Cuisson

La cuisson a été déclenché par une répartition de braises sur le dessus. Puis quand le feu a suffisamment pris, nous l’avons recouverte de mottes inversées. Les trous de chaque coté ont attiré le feu de carbonisation.

Fosse ronde ou concave. Utilisation de morceaux de chêne. Allumage par le haut.
Cuisson périphérique

Après deux jours de cuisson, la carbonisation était inégale. J’ai alors décidé d’ouvrir et de tout re-mélanger puis de remettre une couche de paille puis terre. Cela a ré-équilibré la carbonisation.

Fin de carbonisation. Fouille pour évaluer le résultat.
Du charbon de bonne teneur en carbone.

La troisième fosse a été conduite en deux axes parallèles mais n’a pas été étudié. Les résultats au point de vue charbonnier sont juste satisfaisants. Le terrain gorgé d’eau a une forte influence sur la répartition de la température. Pour les archéologues, l’expérience est très positive car elles comprennent mieux le processus. L’analyse des taxons va permettre aussi une meilleure compréhension de la répartition des végétaux, de leurs qualités et de leurs grosseurs.

Après rebouchage avec la terre, une coupe permet d’étudier l’impact sur le terrain.

Cette expérience m’a permis de me confronter avec de nouvelles techniques, de rentrer dans la science et de partager savoir et faire. Et mener quatre charbonnières de front dont une de 15 m3 c’est assez unique.

Pendant les journées de la préhistoire, des ateliers animés par des archéologues ont réalisé des démonstrations de métallurgie et du travail du cuivre. L’activité était dans le site de Cambous à Viols-en-Laval. Ce magnifique site, sous la présence du Pic-St-Loup, comporte un ensemble de cabanes néolithiques avec une reconstitution entière de l’une d’elle. Société Languedocienne de Préhistoire : https://www.prehistoire-cambous.org/

Les archéologues Élisabeth et Simon m’ont demandé de leur fournir du charbon de bois « véritable ». Mon charbon sera utilisé pour les véritables expérimentations.

J’ai fourni du charbon de meule et un gros sac de charbon de fosse.

Le soufflet a deux chambres. Redoutable efficacité en souffle continu.
Préparation du charbon en pré-allumage.
Creuset avec des billes de cuivre.

Une cuisson bien menée lors de la fête de la charbonnière chez mon ami Jean l’Ardéchois.

La terre était trempée suite à de gros orages mais facile a travailler. J’ai utilisé la même tranchée que l’année dernière. La profondeur étant limitée par une dalle de pierre, j’ai agrandi sur les cotés pour utiliser des bois de 70 cm.

Le foyer d’allumage et la cheminée de tirage sont directement creusés dans le sol et renforcés par des pierres.

Le bois bien aligné et posé sur des traverses pour la circulation de l’air est recouvert de buissage et terre.

Le feu a lutté un long moment contre l’humidité puis la carbonisation a démarré.

la conduite est assez limitée avec la fosse. Difficile d’intervenir comme sur une meule. Des évents ont favorisé quand même la progression.

De jour comme de nuit le processus est continu, la veille aussi !!!

En fin de cuisson, la différence de niveau montre le tassement important au fond de la fosse.

L’extinction une fois complète, j’ai pu caver, retirer le charbon, tout en regardant de près les différentes parties pour les comparer.

Le bois avait 8 mois de séchage, ce qui est trop car le charbon est plus friable qu’avec du bois vert. La conduite du feu est plus rapide et des cendres recouvrent quelques charbons.

Le résultat est satisfaisant, j’ai acquis l’expérience qu’il faut pour mener ce type de charbonnière. La pluie reste le principal problème qu’on peut résoudre soit en couvrant la fosse soit en cuisant dans un terrain légèrement en pente, expérience a pratiquer dès que possible.

Une belle réussite d’une cuisson en fosse. J’ai repris le trou creusé l’année dernière et je l’ai agrandi pour augmenter le volume. La profondeur a été limité par une dalle de pierre en sous sol. Dimensions: 3 m de L, 0,70 m de l et environ 0,60 m de profondeur soit 1,26 m2.

J’ai creusé 5 cheminées, 4 en parallèle et une en bout. L’allumage a démarré de l’autre coté dans le sens de la longueur.

Le bois, de petites et moyennes sections, a été placé perpendiculairement avec un remplissage au maximum des trous. Puis j’ai recouvert de buis écrasés et de terre. La charbonnière était prête.

Malgré un vent violent, j’ai allumé le feu. La progression du feu a été lente. la fumée sortait par la cheminée terminale car j’ai ouvert les deux premières cheminées latérales plus tard, en fonction de l’avancée de la carbonisation.

Il y a un tassement régulier de la couverture terreuse qu’il faut bien surveiller pour éviter l’embrasement.

En fin de cuisson, l’extinction s’est faite par étouffement comme dans une cuisson à la meule.

La qualité du charbon semble très correcte, peut être un peu moins qu’à la meule, c’est à vérifier.

Je suis satisfait de cette cuisson. Je recommencerai l’année prochaine avec plus de volume si c’est possible.