Autre

Mon ami et complice des animations, René, l’homme du feu, a chez lui une belle assiette décorée. En effet le dessin représente le montage d’une meule charbonnière. Que ce doit être plaisant de manger dans une telle assiette…

René a des origines du Morvan. Là-bas la forêt est plus importante que dans nos garrigues. Le dessin montre des arbres de futaie et non des mattes comme il y en a ici.

Si le village de Sainte-Croix-De-Quintillargues a pour origine le nom d’un gallo-romain qui était certainement Quintilius, l’origine antique est donc bien présente. Quintilius n’est pas le seul a avoir laissé des traces, nous avons dans la surface de la commune de nombreux vestiges de charbonnières et four à chaux. Deux activités très pratiquées dans ces périodes anciennes.

L’activité charbonnière, indispensable pour la forge, est l’objet d’études pour mieux identifier sous quelle forme elle était pratiquée. Cuisson en fosse ou en meule?

La meule, qui est la meilleure productrice de charbon de haute qualité, c’est à dire riche en carbone, semble apparaitre plus tardivement. Certaine dénomination parle de « meule suédoise améliorée ». Cela veut il dire que cette technique nous est venue du grand nord. Les vikings, avec leurs expéditions de pillages, du IX au XI è, auraient aussi apporté cette façon de faire? Les North Men, Normands, avaient plus d’un tour dans leurs besaces.

En Islande j’ai vu des fouilles qui ont mis à jour la cuisson dans des trous ou fosses.

Revenons à nos « Romains ». La langue latine, matinée de créole gaulois dans nos contrées, a donné beaucoup de noms de lieux dans nos régions. Mais qu’en est il des charbonniers et du charbon?

Agnès T. m’a envoyé cette jolie liste. Un certain monsieur Philibert Monet, en 1637, a écrit l' »Abrégé du parallèle des langues françoise et latine ». Philibert_Monet

Charbon, piece de braise, piece de bois…reduite en braise. = Carbo. Ardens carbo. Ignitus carbo. Candens carbo.

Charbon, piece de braise esteinte. = Carbo. Exstinctus carbo. Mortuus carbo. Emortuus carbo. Exstincta pruna.

Charbon, petit tronçon de bois, coupé en long, cuit au feu et à la fumée pour faire braise. = carbo. Coctus carbo. Coctilis carbo. Coctiuus carbo.

Charbon de bois rond. = Carbo ex caudice. Carbo ex folido stipire.

Coupeau de bois, trenche de bois coupée, pour le charbon. = Talea carbonaría.

Tas de coupeaux rangez pour faire charbon. = Aceruus confertarum talearum carboni coquendo.

Enduire de boue, a guise de fourneau, les coupeaux de bois entassez pour la cuite de charbon. = Confertas taleas luto carminare. In camini speciem. in fornacis morem, turbinatum acernum talearum lutare, luto illinere.

Charbonner, noircir de charbon. = Carbone denigrare quidpiam. Carbone insuscare. Nigritiem carbone inducere.

Charbonner, escrire quelque chose avec charbon. = Carbone scríbere, describere aliquid.

Charbonnier, qui fait ou vend du charbon. = carbonarius.

Charbonniere, lieu ou se fait le charbon. = Officina carbonaria. Coquendi carbonis officina.

AVE !

 

Visite de la très belle cité d’Albi, dans le Tarn, avec sa merveilleuse cathédrale. Nous avons « rencontré » le grand peintre de la ville, Toulouse-Lautrec, dans le musée qui lui est dédié. Un certain nombre de ses œuvres sont réalisées au fusain.

Le fusain, charbon de bois utilisé depuis la préhistoire dans l’art pariétal, est le plus vieux instrument de communication que l’homme a utilisé.

Le fusain est devenu un nom générique pour désigner tous les charbons de bois qui servent a dessiner. C’est à l’origine le nom de l’arbrisseau, Fusain d’Europe « Euonymus europaeus » (wiki). Aujourd’hui les « fusains » sont essentiellement issus de saules.

Toulouse-Lautrec n’est pas le seul a être présenté avec des œuvres au fusain dans ce musée (museetoulouselautrec) situé dans le palais de la Berbie. Une visite a ne pas manquer.

« Je boirai du lait le jour où les vaches mangerons des vignes ! » Toulouse-Lautrec.

Le charbon de bois est vraiment une matière étonnante. Voilà que ses qualités d’absorption des gaz, que l’on connait plutôt pour les masques à gaz ou le filtre de la hotte de cuisine, a été repris par un designer anglais pour le confort de toutes et tous.

La culotte au charbon de bois libère du danger d’empester un lieu par un pet mal venu. Ami des flatulences, voici l’arme pour être à l’aise en sociétè, les sous vêtements « Shreddies ». « Paul O’Leary, un designer britannique, a eu l’idée de créer des sous-vêtements qui absorberaient les odeurs de pet. » La suite: « Ceux-ci sont faits en Zorflex, un tissu à base de carbone, qui est normalement utilisé pour les uniformes de guerre chimique. Le Zorflex, en plus d’avoir un nom de méchant, est censé absorber des odeurs 200 fois plus fortes qu’un prout de base. »

Pour tous ceux (et celles) qui sont un peu coincés en collectivité, mettez des slips Shreddies….

L’article complet dans madmoiZelle: http://www.madmoizelle.com/shreddies-lingerie-anti-prout-211274

Un texte du début 19ème siècle sous forme de fable. Charbonnier contre meunier, le noir et le blanc…le Ying et Yang et ça cogne.

Cette fable m’a été révélé par Agnès de Normandie, une aficionados (ou -da?) du charbon de bois. Merci.

Fable de Antoine Arnault 1812

Les charbonniers, les meuniers, et le marguillier.
Fable XIII, Livre V.

Entre nos frères les meuniers
Et nos frères les charbonniers
J’ai vu régner longtemps une haine assez forte.
À quel propos ? C’était… que le diable m’emporte,
Si plus qu’eux-mêmes je l’ai su !
Eh ! n’est-ce pas souvent pour un malentendu
Qu’un premier combat se donne ?
Le tort en est à tous, comme il n’est à personne,
Au second, où l’on rend ce que l’on a reçu,
Où l’on se bat du moins parce qu’on s’est battu.
Mais revenons au fait : ainsi qu’on peut le croire,
Chaque héros dans sa valeur,
Se signalant pour sa couleur,
Criait haro sur l’autre, et tombait, dit l’histoire,
Charbonnier sur la blanche et meunier sur la noire.
Par la seule nature armés,
Les voyez-vous en cent manières
Les bras tendus, les poings fermés,
Venger l’honneur de leurs bannières ?
Que de coups donnés et rendus !
Que de flots de sang répandus
Par tous ces nez cassés des mains de la victoire !
Chantre de Jeanne et de Bourbon,
C’est ta voix qui devrait transmettre la mémoire
De tous ces preux couverts de gloire et de charbon,
Couverts de farine et de gloire !
Certain jour cependant que ces poudreux guerriers
Se reposaient sur leurs lauriers,
Un philosophe, un philanthrope,
Un marguillier, mortel ennemi des combats,
Tenta de mettre un terme à ces trop longs débats.
D’un manteau neutre il s’enveloppe ;
Et le voilà, du matin jusqu’au soir,
De l’un à l’autre camp sans cesse en promenade ;
Qui va, vient et revient, en courtier d’ambassade,
Du noir au blanc, du blanc au noir.
Or, à son drap qui n’est noir, ni blanc, mais pistache,
Tantôt le blanc, tantôt le noir laisse une tache.
Comme on en murmurait d’un et d’autre côté :
« Charbonniers et meuniers, dit-il, parlons sans feinte :
Voit-on les deux partis, sans prendre un peu la teinte
Des gens à qui l’on s’est frotté ? »

Jamais meunier et charbonnier ne s’accordent en leur métier

Estampe de David H. 17e siècle

Le marguillier, soit en latin médiéval le matricularius, est d’abord celui « qui tient un registre ou un rôle (matricula) ». La première fonction connue du matriculaire, officier de la religion chrétienne – religion attentive à la pauvreté christique – était d’immatriculer les pauvres de l’église, c’est-à-dire de les inscrire sur le registre d’aumône. La seconde est l’administration des registres de ces pauvres personnages. Il existait donc, dans chaque paroisse, un marguillier qui avait la charge du registre des personnes qui recevaient les aumônes de l’Église. Il servait d’aide au sacristain. Ce n’est pas une profession mais une charge.

 

Pour la construction d’un moteur Sterling, moteur à air chaud ou à énergie extérieure, nous avons besoin de pièces à réaliser avec une fonderie maison. Le métal utilisé est de l’aluminium, qui a un point de fusion assez bas à partir de 700°.

Nous avons tout simplement fabriqué un foyer en plâtre dans lequel le charbon de bois est allumé. Une soufflerie externe entretien la cuisson. Un creuset en fer est placé au centre et dans lequel des morceaux d’alu sont déposés. La haute température provoque rapidement la fusion du métal. « Reste », opération un peu délicate, a verser le métal fondu dans le moule.

le charbon de bois convient très bien. Issu d’une de mes charbonnières, son haut taux de carbone donne la température voulue ainsi qu’une bonne tenue dans le temps.

Ah le Musée des arts et métiers de Paris est un des lieux à ne surtout pas rater dans la capitale. Ça fait pas très branché et c’est pourtant formidable. Qui n’a pas vu « Eole », l’avion chauve souris de Clément Ader, se doit d’aller admirer cette machine extravagante.

Ce musée recèle tout un ensemble d’inventions, qui laissent pantois devant l’ingéniosité humaine.  Dans tout ce monde de l’intelligence, des grandes et utiles machines, du pendule de Foucault, du mètre étalon, il y a bien sur un objet qui a attiré mon attention, un minot.

Un minot, c’est une ancienne mesure de capacité de matières sèches. C’est à dire un étalon pour déterminer un volume fixe. Concrètement un petit fut, qui à Paris était d’un pied cube, soit 34,3 dm³. Le minot de Paris, exposé au musée, est dit de charbon de bois.

Un minot est la moitié d’une « mine ». Ce qui donne en mesures anciennes à Paris: le muid de charbon de bois valait 4,1 m3, avec 20 mines par muid, 2 minots par mine, 8 boisseaux par minot. Soit 40 minots par muid.

A Toulouse, le muid était aussi de 4,16 hectolitre, mais le minot seulement de 2 boisseaux. Le boisseau étant la mesure de base, utilisé aussi pour le sel, le blé et autres denrées sèches.

Donc le charbon de bois n’était pas vendu au poids mais au volume. Formule que l’on retrouve dans l’économie du bois où tout se négocie en volume comme le stère par exemple.

Minot pour le charbon, 1671

 

Musée des arts et métiers

titre-noirAnimation avec le groupe de la section patrimoine du foyer rural Les Quintillades.

Dans la continuité de notre expérience de vouloir faire une cuisson de calcaire dans un four à chaux ramier, nous avons organisé une journée de rencontre avec d’autres passionnés, des membres du Collectif des Garrigues.

Après la visite de l’écosite des charbonnières de Sainte-Croix-de-Quintillargues, dans lequel il y a plusieurs fours, nous avons construit en grande partie le four expérimental.

Nos amis des associations de pierres sèches de Nages et du Menhir, associés à d’autres personnes et nous même, ont rapidement monté la voute en encorbellement. Cette voute servira de foyer à feu pour la calcination. Des pierres « roulantes », c’est à dire issu de pierrier, ont été déposé dessus et tout autour, pour faire la charge à transformer en chaux vive. img_20161210_152418970_hdr

Prochaine étape, remonter un peu plus le mur de confinement et finir de monter la charge de pierres.

Un projet collaboratif à partager au maximum.

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Étonnant architecte que celui des derniers rois de l’ancien régime, Claude-Nicolas Ledoux, innovateur et utopiste dans ces projets de construction. La Saline Royale de Chaux (Saline royale d’Arc-et-Senans, 1774-1779), est un formidable complexe de traitement de l’eau salée naturelle pour en recueillir le sel si précieux dans les temps anciens. C’est bien sur dans la forêt de Chaux (cf. article précédent) que ce trouve cette saline. Le bois de cette grande forêt a servi à alimenter les foyers pour cuire les immenses chaudrons dans lesquels la saumure s’évaporait. Cet homme, qui a imaginé et construit d’innombrables bâtiments, n’a finalement laissé que peu de traces car beaucoup de ces réalisations ont été démontées ou détruites.

Par contre, après la chute de l’ancien régime, il a rédigé un formidable ouvrage avec plein de plans de bâtiments. Et parmi ceux ci deux ont attiré particulièrement mon attention…

Tout d’abord « l’atelier des charbonniers », une sorte de pyramide ou de cheminée immense. La forme du bâtiment rappelle celle de la meule de bois a carboniser. Une belle allégorie.

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Un bâtiment tout à fait extraordinaire, la cabane des charbonniers, qui s’est transformée avec un grand luxe. D’ailleurs il l’appelle  « logement des charbonniers ». J’en rêve!!! passer les colonnes comme un tribun romain…tout noir de charbon.

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Claude-Nicolas LEDOUX, l’architecte

Photos des maquettes présentées au musée de la Saline d’Arc-et-Senans, à voir c’est étonnant.