Bois d’Islande, bois flotté, bois planté

A la limite du cercle polaire arctique dans la baie d’Husavik, à la plage de Sjávarsandur, les bois flottés sont nombreux sur les plages. Quelques fois les troncs se retrouvent loin à l’intérieur des terres. Vestiges de tempêtes, peut être, ces bois sont certainement très vieux. Le bois des mers se conservant bien, il reste échoué sans trop se détériorer.

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Le site réputé pour ses phoques, Illusgastaðir, péninsule de Vatnsnes, est un bel endroit avec une multitude d’oiseaux différents. Parmi les rochers de ce bord de mer, de nombreux bois flottés s’y sont échoués. Près d’un vieux tronc, là depuis longtemps car en état de pourrissement, une cane Eider s’est mise à l’abri des vents parfois forts dans ce coin ouvert.

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Contre le corps de ferme, un arbre inversé, bois de mer

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Un autre est arrimé tel la poupe d’un bateau viking

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Un lieu étrange, l’activité volcanique devenue sculptrice, l’actualité rejoint le passé. Une éruption du volcan Katla, tant redouté, il y a plus de 1200 ans à généré une coulée de boue, un jokullhraup, qui a enseveli une belle forêt. Il y avait là des arbres de 500 à 600 ans. L’érosion a mis à jour les souches.

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Bien des objets en bois sont arrivés en Islande par la mer. Dans les plus célèbres, l’Histoire cite les bois du siège du premier homme d’importance a être venu s’installer dans ce nouveau pays. En 874, Ingólfur Arnarson, vient s’installer définitivement sur cette île. Il laisse le destin guider le choix de l’emplacement de sa ferme. Pour ce faire il jette à l’eau les montants sacrés de son « haut siège » (les öndvegissúlur), signe de sa position dominante dans cette société, et déclare qu’il s’installera où ces bois s’échoueront. Ceux ci seront retrouvés par une » mission » dans une baie où sont de nombreuses sources d’eaux chaudes, la baie des fumées: Reykjavik.

On apprend aussi que l’un des personnages importants de ces époques accoste au futur emplacement de la ville de Borganes, à l’Ouest, en suivant le cercueil de son père qui avait été jeté ds l’eau. Cet homme, du nom de Grímur Kveldúlfsson ou Skalla-Grímur (Grim le chauve) est connu pour sa force phénoménale. Il est forgeron. Ce qui vient à se reposer la question de quel charbon de bois il utilisait pour sa forge. Sa descendance verra avec son fils Egill Skallagrimsson, un des plus grand poète de l’Islande. Artiste mais aussi grand bagarreur aux multiples aventures.

Grim et son fils Egill présentés en scénette au musée des Viking de Reykjavik (http://www.sagamuseum.is/) Photo Mathilde Acquarone

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Et son Egill. Le charbon de bois est ici un mauvais bois mal cuit, une erreur, dommage car le reste est superbe.

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Bois flotté, bois de flottage, bois par flottage, la définition du bois qui flotte est diverse. Le bois flotté désigne plus les arbres, branches et même les planches qui naviguent quelques temps dans l’eau de mer. Le bois par flottage se réfère aux transport des grumes via les fleuves.

Les anglais disent: driftwood et en Islande il est appelé: rekaviður.

Perso,  je l’appelle « bois des mers »

L’importance de ces bois se retrouve dans la religion ancienne. Car après avoir construit le monde Midgard, Odin et ses frères Vé et Vili ont créé le premier homme Ask (le frêne) et la femme Embla (l’aulne ou l’orme) avec deux pièces de bois flotté. Odin donna la vie, Vé les cinq sens et Vili l’esprit.

 

640px-Odin,_Lodur,_Hoenir_skabe_Ask_og_Embla_by_FrølichLa version germanique par Lorenz Frølich (1895)

Visite de la ferme « viking » de Stong. Elle est la reconstitution d’une ferme du début du XIè qui a été détruite par une éruption du mont Hekla. Elle sert entre autre de décors pour des films historiques ou des séries comme Games of Thrones.

Les fermes en terres gazonées (et non en tourbe comme c’est souvent traduit) sont construites avec deux matériaux. L’un est l’isolant et se récupère sur place, c’est les plaques de terres herbeuses. D’une épaisseur dépassant parfois 1 m, les murs en terre sont d’excellent isolant dans ces lieux isolés et très froid en hiver (et aussi un peu en été). Mais ils n’ont aucune capacité de supporter du poids donc on ne peut poser dessus la charpente du toit. Les Islandais, du IXè au XIXè s. ont trouvé la solution en utilisant des poutres en bois de flottage qui servent de colonnes de support du toit. Une ossature en « bois debout » sert de squelette à la construction. Le toit est aussi végétalisé en essayant de trouver la bonne pente pour que l’herbe continue de pousser sans qu’il y ait d’infiltration des eaux dans l’habitation.

Ces constructions, qui sont toutes des fermes, ont étaient abandonné à partir du début du XXè s. et les murs en terre ont vite disparu faute d’entretien. Quelques unes ont étaient habité dans les dernières décennies et sont aujourd’hui précieusement conservées comme écomusée.

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