4 Empreinte Carbone

Démontage de l’œuvre « Empreinte » au Bata Shoe Museum.

Les formes à chaussures carbonisées ont bien résisté à la suspension dans les airs du hall du musée. Quelques unes ont perdu de leur noirceur et le bois est plus apparent.

Le musée au 327 Bloor Street West, Toronto.

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L’équipe de démontage

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Le plein de chaussures dans les malles. Retour en France avant d’autres horizons.

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LE CHARBONNIER EST IL UN POLLUEUR?

cop21-tousensemble_ohhureLa cuisson d’une charbonnière est surtout caractéristique par les fumées qui s’en dégage. Au départ, pour l’allumage, de grosses volutes de fumées blanches enveloppent la meule et le charbonnier a les yeux qui piquent. Puis c’est la conduite du feu à l’intérieur de la meule avec des petites ouvertures par où s’envolent des fumées d’abord jaunes, puis blanches et enfin bleues. Le charbonnier sent (et respire) ces fumées et évalue en fonction de l’épaisseur de celles ci et surtout de leurs couleurs comment agir.

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De vieux charbonniers avaient cette réflexion : seul Dieu sait ce qu’il se passe à l’intérieur (de la meule).

Mais allons voir par nous même. Dans la pratique de la cuisson à la meule, l’énergie de démarrage provient de la combustion du bois, qui est vert. La température qui gagne l’ensemble du bois entassé provoque l’asséchement des buches par évaporation. La grosse fumée blanche en est la conséquence. A partir de 280° le bois va libérer des gaz inflammables qui vont booster la chaleur pour en arriver à la pyrolyse à 500° et donc la transformation de toute matière organique en gaz et en partie en goudron. Le bois devient charbon de bois, avec des proportions carbone – éléments volatiles (hydrocarbures et goudrons lourds) qui tournent autour de 85 à 90% de C.

Quels gaz sont produits ? Jusqu’à 200° le bois perd de l’eau. Il faut 300° pour enflammer le bois. Dans la période de monter en température (la meule est allumée avec du bois sec) la phase jusqu’à 270/280° va donner avec la vapeur d ‘eau mais aussi du CO2 plus quelques autres gaz. Il faut dépasser les 280° pour que les gaz méthane, éthane et éthylène provoque une réaction exothermique et voir la t° grimper. Au delà de 380° les fumées jaunes sont le signe d’une grande proportion d’hydrocarbures.

Tout ceci s’en va dans l’air…

La charbonnier est il un faiseur de gaz à effet de serre ? La carbonisation d’une meule de 10 stères de chêne vert, d’un poids d’environ 8 T, donne dans les 800 kg de CO2 et 560 kg de CO (monoxyde de carbone)*.

Un arbre de 80 ans, rare dans nos garrigues, a absorbé environ 3,7 T de CO2.

En terme de volume l’empreinte carbone est équilibrée mais la restitution dans l’atmosphère du stockage de l’arbre est immédiate. A l’époque où les rotations de coupes étaient de la fréquence des vingt ans, le rapport était plus équilibré. Nos arbres des garrigues dépassent les 50 ans d’âge.

Certains expriment le fait que 4m3 de bois rejettent 280 kg de CO2 par rapport au pétrole qui en équivalence serait d’une tonne et donnerai 2,5 T .

Vivement que je roule au gazogène !

Chiffres tirés du livre « Guide le Carbonisation » Briane, Doat, Riedacker. Edisud 1985

*a vista de nas!

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Les vaches produisent 26 millions équivalent CO2 comme 15 millions de voitures par an. Finalement le charbonnier, même s’il mange des fayots, est moins polluant.

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C’est parti à Toronto, Pascale est en train d’installer l’oeuvre:

In Our Atrium: Contemporary Art at the BSM
October 1st – December 6th, 2015
Included with Museum admission

The Bata Shoe Museum has partnered with the Consulate General of France to invite Pascale Peyret to create an original artwork, Empreintes, to celebrate the 20th anniversary of the BSM and the 400th anniversary of the French presence in Ontario.

In the BSM’s spacious atrium, hundreds of carbonized wooden shoe lasts hang in a vast cloud. Each of these forms makes material the invisible footprints generated by our way of life, functioning as memories of our human activities which are recorded in the history of the planet. Francophone youth are invited to reflect on their carbon footprint; they will transcribe their comments, thoughts, and wishes on transparent labels which are then incorporated into the installation.

Pascale Peyret lives and works in Paris. Through the use of installations, photographs, videos, and sound, her work questions living memories between what is natural and what is manmade, highlighting the ambiguity of the links between nature and humans. Through her work, Pascale strives to challenge and surprise the public by playing with their perceptions of the outward appearance of things. For the implementation of this project, she joined forces with Martial Acquarone, who works in the South of France reviving the ancestral art of carbonization.

 

pascale (3)I chose to work with the idea of footprints and tracks as a way to celebrate both the French presence in Ontario and the Bata Shoe Museum.  Upon entering the permanent gallery at the Museum one finds evidence of footprints left by our bipedal ancestors.  I wonder about the traces that we leave behind, both real and invisible, the carbon footprint.
– 
Pascale Peyret

 

 

le site de l’expo: troisième page

La Chine développe une industrie du Biochar pour améliorer les nouvelles et actuelles terres agricoles. Cette technique, issue des usages des Indiens d’Amazonie, va certainement prendre de l’ampleur dans les décennies à venir. Le Biochar est un charbon végétal, c’est à dire réalisé par carbonisation des végétaux non ligneux, herbes, feuilles, résidus de coupes de céréales, etc. Il apporte des qualités, entre autre, phytosanitaires et de résilience d’eau. Les plantes cultivées dans des terrains « biocharsidés » poussent plus vigoureuses.

Pro-Natura organise dans le cadre de COP 21 une rencontre avec l’université de Nankin qui est leader dans ce domaine.

La lettre d’information: Chine_leader_du_biochar_2015

 

Si l’empreinte charbonnière est réelle, un autre élément de la garrigue s’est invité. Un beau troupeau de moutons en transhumance vers les Cévennes est passé devant le four. Heureusement celui-ci était arrêté et froid, sinon c’était méchoui.

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La carbonisation étant terminée, content de notre travail collaboratif avec Pascale, nous avons patiemment enveloppé les formes pour l’expédition. Le grand large et les grands espaces canadiens vont les accueillir dans les semaines qui suivent. Bon voyage et surtout garder…la forme.

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Suite fin septembre au musée BATA

 

L’artiste Pascale Peyret réalise souvent des œuvres de grande ampleur. Celle de « l’Empreinte Carbone » sera exposée dans le hall du musée de la chaussure Bata à Toronto au Canada. Quatre étages, nous avons donc travaillé et carbonisé plus de deux cent formes, pour avoir matière à remplir ce volume. Le résultat se dessine avec beaucoup d’allure sur une maquette.

Accrochage

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Projection

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3 jours de carbonisation intensives. La cuisson oscille entre 25 et 30 mn. Le refroidissement, comme pour les grosses têtes, est long. Un peu plus d’une heure. Le four fonctionne à merveille avec deux fois, sur les 11 carbonisations, un besoin de nettoyage des joints. En effet le goudron, que le bois sue en carbonisant, coule sur les parois et passe au travers des joints. La cheminée en produit aussi qui dégouline vers l’arrière.

Les différentes familles de bois donnent des résultats finalement peu différents. Le tout se joue à 10° en plus ou en moins.

_MAR6946Des résultats encourageants au fur et à mesure de l’avancée des cuissons. Certaines sortent brillantes d’autres mates avec parfois des coulures de goudrons.

Chaque fournée nous permet de carboniser 23 à 25 formes. Plus de deux cents sont ainsi passées au four. La grosse chaleur est là mais nous en rajoutons une couche…

Les passants, les voisins et les copains et copines viennent assister au « spectacle de rue ».

Formes pour les chaussures de sport, avant en marron, c’est du bois, et après en noir, du charbon de bois. En refroidissant les formes tintent comme du cristal.

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Avant la suite, je vous conseille ce blog qui décrit les étapes de la fabrication d’une chaussure: comment-fabriquer-une-paire-de-chaussures