Charles Schlosser, charbonnier de longue date et animateur d’un groupe actif de charbonniers en Alsace, vient de sortir un magnifique livre en cette fin d’année.

« Le charbonnier, une longue histoire« , I.D. l’Édition, un livre qui se veut à la fois évocation historique, technique et humaine (sic).

Neuf chapitres qui nous permettent de naviguer dans les différentes facettes de ce dur métier, des techniques de carbonisation et de tout ce que la charbon de bois a généré dans nos sociétés et nos esprits. Légendes et art sont aussi présentés avec, proximité oblige, des textes en allemand.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer Charles Schlosser, nous avons échangé des messages dans lesquels on se sent en harmonie et je suis très heureux d’avoir un tout petit peu contribué à son livre avec deux photos.

Pour commander ce livre c’est ici : https://www.id-edition.com/collections/lalsace-aux-mille-visages/products/le-charbonnier-une-longue-histoire

Lors de mon séjour aux Pays Bas, j’ai, en dehors de la charbonnière en meule, participé à l’expérimentation de cuissons en fosses.

Silke et Janneke, deux archéologues, ont proposé l’étude de la carbonisation en trois fosses à titre expérimental. Silke est anthracologue, elle étudie les charbons de bois. Ses recherches lui permettent de discerner les différentes espèces végétales carbonisées et aussi si c’est de la branche ou du tronc de l’arbre. Elle a fouillé un certain nombre de fosses, des rondes et des carrées.

Elle voulait savoir comment opérer pour passer du savoir au savoir-faire, en réalisant diverses cuissons.

Deux fosses carrées et une en rond, avec Adrien nous avons proposé diverses manières de conduire le feu tout en respectant les protocoles expérimentaux.

Remplissage première fosse carrée.
Superposition de chêne coupé court et de rondins longs de boulot.
Cuisson

La cuisson a été déclenché par une répartition de braises sur le dessus. Puis quand le feu a suffisamment pris, nous l’avons recouverte de mottes inversées. Les trous de chaque coté ont attiré le feu de carbonisation.

Fosse ronde ou concave. Utilisation de morceaux de chêne. Allumage par le haut.
Cuisson périphérique

Après deux jours de cuisson, la carbonisation était inégale. J’ai alors décidé d’ouvrir et de tout re-mélanger puis de remettre une couche de paille puis terre. Cela a ré-équilibré la carbonisation.

Fin de carbonisation. Fouille pour évaluer le résultat.
Du charbon de bonne teneur en carbone.

La troisième fosse a été conduite en deux axes parallèles mais n’a pas été étudié. Les résultats au point de vue charbonnier sont juste satisfaisants. Le terrain gorgé d’eau a une forte influence sur la répartition de la température. Pour les archéologues, l’expérience est très positive car elles comprennent mieux le processus. L’analyse des taxons va permettre aussi une meilleure compréhension de la répartition des végétaux, de leurs qualités et de leurs grosseurs.

Après rebouchage avec la terre, une coupe permet d’étudier l’impact sur le terrain.

Cette expérience m’a permis de me confronter avec de nouvelles techniques, de rentrer dans la science et de partager savoir et faire. Et mener quatre charbonnières de front dont une de 15 m3 c’est assez unique.

Le défournage s’est vite arrêté car le charbon toujours ardent prenait feu. Le peu que j’ai pu sortir est d’excellente qualité. Par contre le coté sud de la meule est très peu carbonisé, il y a un gros volume de bois, de l’aulne, qui n’a pas pris le feu. Le vent, le terrain spongieux et la terre sableuse de recouvrement ont perturbé ma conduite. Malgré tout je suis heureux d’avoir participé à ce challenge avec la participation d’Adrien et de toute l’équipe des bénévoles.

D’un commun accord nous avons baptisé cette charbonnière : « Janneke », du nom de la jeune archéologue dont c’était l’anniversaire. « Meiler » est meule en hollandais.

Belle de nuit.
Un charbon ardent, très léger et qui tinte.
Charbon d’aulne, une première pour moi.
Un échantillon de l’équipe !!

Dans un prochain article je reviendrai sur l’expérimentation archéologique en fosse.

La semaine est passée et après 6 jours de cuisson j’ai arrêté la charbonnière. Nous devons attendre 2 à 3 jours avant le cavage, le défournage.

La cuisson est ardente à l’intérieur de la meule.
Sous la lune, la meule se déplume !
Fin de cuisson, la forme est optimale.
Au réveil avec …120% d’humidité.
Un timide soleil éclaire la meule.
Et notre ami le héron qui nous a accompagné tout du long du processus !!!

Superbe accueil par Paul Klaasen à Ulft, à l’est de la Hollande. Nous avons posé notre campement dans un champs, entre une ferme et une friche industrielle transformée en lieu d’art. Des lapins gambadent dans l’herbe fraiche, des hérons cherchent le vers de terre et des faucons font le saint esprit avant d’être chassés par les corbeaux, c’est très champêtre…hollandais quoi !

Au travail, 15 stères de bois, env. 10 T et 120% d’humidité….

Adrien, un métallurgiste rencontré chez Jean en Ardèche, m’a invité à une rencontre de charbonniers-ères en….Hollande. Dans la petite ville de Ulft, qui a un passé de fonderie, un symposium sur la métallurgie aura lieu fin Octobre. Les charbonniers nous seront en amont à partir du 15 octobre.

Au programme, la cuisson d’une grande meule et des cuissons en fosse pour des archéologues.

Houtskool maken : faire du charbon de bois !
1200 km de chez moi.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ulft

Lors de la visite du nouveau et tout beau musée des arts et traditions cévenoles à St Jean du Gard, j’ai pu admirer une vitrine bien remplie de chaufferettes. Elles servaient à réchauffer les pieds que l’on posé sur le réservoir de charbons incandescents. Sur l’étagère du haut, une chaufferette en terre cuite, c’est assez rare. Les soirées devaient être bien froides dans ces montagnes.

Musée La Maison Rouge : https://www.maisonrouge-musee.fr/

Un passage en Italie Ligure, terre des mes ancêtres. Dans le très beau village perché de Lucinasco il y a un musée des arts et traditions dont le nom m’a interpellé : Acquarone !! C’est mon nom !!

Visite de ce musée, réparti dans différentes maisons et l’ancienne église. Chaque lieu est dédié aux différentes activités traditionnelles de la région. Lazzaro Acquarone est un sculpteur qui a vécu là au XVIIè.

Dans l’espace habitation paysanne, un fer à braise est exposé.

Le charbon de bois se retrouve dans maints objets, exposés eux dans la salle à manger de nos hôtes. Producteurs récolteurs d’olive, les collines sont recouvertes d’olivettes, Christina et Adriano sont aussi les gardiens du musée. Ils nous ont gentiment proposé de visiter leur atelier de production d’huile. Un matériel flambant neuf pour une huile de tradition. Une bonne adresse : Agriturismo nonni devia (https://www.gites.fr/gites_agriturismo-nonni-devia_lucinasco_h1377012.htm)

Ferroda stiro carbone
Bassine à braise.
Pour griller le café.
Chaufferette de lit.

Adriano, après nous avoir guidé au musée, m’a offert un égrappoir qui va avantageusement remplacer notre vieux concasseur de charbon. C’est un beau cadeau très utile. Merci à lui !

D’après mes parents, nous avions un lointain cousin qui été charbonnier, Silencio, me reste plus qu’à trouver où en Ligurie il pouvait être.

Grazie mile !

Notre association COOPDEA vend du biochar au kilo. Issu de la carbonisation des déchets verts, ce biochar améliore la qualité de la terre des plantations. Le biochar est un charbon qui en captant nombres d’éléments importants pour les plantes tel que l’eau, les minéraux et les bactéries et en les restituant progressivement va permettre aux végétaux de ne pas être en stress.

10€ le kg (frais de port non inclus), une bonne action pour vos plantes 1 kg/m2, une bonne action pour les populations en milieux difficiles. Commande : https://coopdea.org/ message à : contact@coopdea.org

Pendant les journées de la préhistoire, des ateliers animés par des archéologues ont réalisé des démonstrations de métallurgie et du travail du cuivre. L’activité était dans le site de Cambous à Viols-en-Laval. Ce magnifique site, sous la présence du Pic-St-Loup, comporte un ensemble de cabanes néolithiques avec une reconstitution entière de l’une d’elle. Société Languedocienne de Préhistoire : https://www.prehistoire-cambous.org/

Les archéologues Élisabeth et Simon m’ont demandé de leur fournir du charbon de bois « véritable ». Mon charbon sera utilisé pour les véritables expérimentations.

J’ai fourni du charbon de meule et un gros sac de charbon de fosse.

Le soufflet a deux chambres. Redoutable efficacité en souffle continu.
Préparation du charbon en pré-allumage.
Creuset avec des billes de cuivre.

Dans la grande agence de la banque Landsbankin du centre historique, il y a une exposition des œuvres de Kjarval.

Jóhannes Sveinsson Kjarval est certainement le premier peintre islandais ayant connu une reconnaissance internationale. https://www.wikiart.org/fr/johannes-sveinsson-kjarval

Parmi toutes ses œuvres exposées, j’en ai bien sur repéré deux qui sont exécutées au fusain, kol. Savoir si le peintre a utilisé un charbon carbonisé localement, du boulot, du sorbier ou du bois flotté ???

Ses dessins s’inspirent des paysages islandais, notamment ici de la plaine du parlement, lieu historique à la fois géologiquement et surtout humain puisque le pays a vu le jour entre ces basaltes. Þingvellir, la chambre a ciel ouvert des représentants de la nouvelle nation.

Spectacle sur-réaliste de l’éruption à Fagradasfjall en Islande. Nous y sommes depuis trois jours avec une belle nuit en face du cratère éruptif. Ce décor charbonné, noir comme un tas de charbon en vrac, est illuminé périodiquement par le jaillissement de la lave en fontaines de plusieurs dizaines de mètres de haut. L’activité fissurale s’est concentrée sur une seule sortie. Fantastique !

Note : pour venir en Islande en ce moment, il faut être vacciné ou avoir eu la covid. Il faut les attestations de la première injection et de la deuxième. Un test PCR est réalisé à l’arrivée et on doit attendre son résultat avant d’entrer en contact avec d’autres personnes. Pour les autres c’est quarantaine de 5 jours. https://www.covid.is/fr

Les tailles des oliviers génèrent un grand volume de branches dont il faut se débarrasser.

La carbonisation est parfaite pour transformer cette bio-masse en biochar qui la valorise. Les feuilles et les petites branches se carbonisent facilement car elles donnent une grande quantité de bio-gaz inflammable. Les températures des fours sont élevées, jusqu’à 900°.

Branches d’olivier et Fétuque.
904°, chaude l’olive.

Ce genre de cuisson produit du charbon actif, du Binchotan (charbon japonais) et donc un biochar super extra (classification hors normes).

Cuite bleue à l’huile d’olive !!!

De nombreux travaux au Jardin et à l’atelier.

La taille des olivier donne un bon volume de végétal a carboniser. C’est une piste intéressante pour tous les exploitants d’olivettes (oliveraies) pour valoriser leurs déchets.

Cuissons au Jardin de Fontanès avec le four n°1, le plus ancien, retapé pour l’occasion. L’autre four est en réparation. Ces fours fonctionnent à donf.

Ce four a 10 ans.

Tests de température, ça chauffe dur. Le brûlage des bio-gaz dépasse les 500°, la carbonisation est excellente.

628°, du bon charbon biochar !

Modif du grand four avec une prise des bio-gaz sur le dessus du tonneau. Ceci pour éviter de boucher cette prise lors du remplissage avec les végétaux car le fût est alors vertical puis remis horizontalement pour la cuisson.

Dans le four le tuyau sera vertical. A gauche, le bruleur sera en bas.

Un nouveau (très ancien) broyeur bientôt bon pour le service.

Couvre feu oblige, c’est d’ailleurs curieux ce terme car une charbonnière c’est bien un couvre feu ou couve feu…., on fait dans la série. Et au surprise v’là t’y pas qu’une scène met en valeur des charbonnières.

Ça fume sur le coté ?

C’est au moyen-âge en Italie et il y a plein de sorcières, brrr !

L’échelle c’est bon !

J’ai compté au moins trois meules en cuisson, bien trop pointues mais bien faites. Elles sont au même stade de carbonisation, des meules de 4/5stères, avec une belle terre noire. La fumée n’est pas trop crédible car je pense qu’en fait elles ne sont pas allumées, les décorateurs ne sont pas charbonniers.

Charbonnière d’Égypte ??

Charbonniers et sorcières, nous retrouvons là le mythe des personnages sulfureux des forêts. Monstres, brigands, surnaturel, la forêt a toujours fait peur. Les charbonniers aussi, dévoués au feu donc au diable, noir de saleté, ils transforment le bois en le brulant tout en le rendant plus inflammable au feu tels des alchimistes de l’enfer.

S’ils veulent un spécialiste pour le décors je suis partant !!!

Netflix: Luna Nera

Malgré le froid piquant, j’ai repris les cuissons. Avant cela j’ai modifié les tuyaux des gaz des tonneaux. Des tubes de 18 et 20 mm, car avec les anciens moins gros ils avaient tendance a se boucher avec la suie. J’ai positionné un bouchon sur chacun qui laisse une ouverture possible pour ramoner.

Ça marche du feu de dieu…ou du diable !!

Du biochar à foison

Dans un article du journaliste Jacques Deveaux, à France info, nous pouvons prendre connaissance des chiffres affolants de la consommation de charbon de bois en Afrique.

Il est dit que, au Congo, la consommation réelle du charbon de bois dépasse largement la production forestière nationale, ce qui veut dire que les coupes sauvages non autorisées sont 20 fois supérieures au chiffre officiel. 300 000 personnes travaillent dans ce secteur d’activité en toute illégalité.

La conséquence est une déforestation incontrôlée qui échappe aux plans de gestion forestière.

La cuisine au charbon de bois, une réalité. Éthiopie

Les chiffres sont incroyables, au Cameroun la consommation est de 356 000 tonnes de charbon de bois. Si j’applique la règle de 20% de carbonisation du poids originel du bois cela fait 1 780 000 tonnes de bois coupé.

Qui plus est, une grande partie de la production, surtout au Nigeria, part sur les marchés européens, là aussi sans contrôle.

L’Afrique ne doit plus être le continent des fantasmes occidentaux, l’Eden où la nature généreuse est sans limite. Les populations locales utilisent le charbon de bois car c’est l’énergie la moins chère et ils n’ont pas accès à d’autres énergies faute de revenus. Le pillage des ressources naturelles par les grandes entreprises occidentales, et maintenant asiatiques, donnent le mauvais exemple.

L’avenir ? Éthiopie

Le Maroc, mais aussi de petites initiatives partout en Afrique, cherchent à mettre en place des solutions moins destructives, comme les fours. Avec l’association COOPDEA et la production de galettes végétales par les résidents, nous essayons d’apporter notre contribution à un espoir d’une meilleure qualité de vie pour les Africains et la planète.

www.francetvinfo.fr/monde/environnement/cop24/en-afrique-le-charbon-de-bois-reste-le-combustible-des-familles_3095465.html

Au Jardin de Fontanès, jardin maraicher où nous avons notre four pilote, nous avons pratiqué des tests de culture avec biochar.

Le biochar étant de la poudre de charbon végétal, utilisé de plus en plus dans divers endroits du Monde. Cet ajout fortifie les qualités du sol en stockant dans les nombreuses alvéoles du charbon de l’eau et autres nutriments. Il agit comme une éponge qui petit à petit régurgite son stock. Dans les sols les plus pauvres son action est très réelle. La biomasse augmente de plusieurs dizaines de pourcentages dans ces terrains biochardisés.

En fonction des sols, le pourcentage de mélange varie. Il est aussi a ajuster en fonction des légumes ou végétaux que l’on fait pousser. Nous avons peu de retour d’expériences exploitables, aussi nous avons partagé dans trois zones des mélanges avec 300gr, 500gr et 1 kg. Les légumes sont des salades, du cerfeuil et des oignons.

Les cerfeuil ont rapidement montré une croissance plus généreuse, les oignons sont plus denses et les salades ont eu un beau développement. Le résultat est prometteur.

Kevin, le maraicher, veut maintenant cultiver plus de parcelles en biochar pour 2021. Les fours vont bien fonctionner ce printemps et fin d’hiver.

Lien pour demande charbon écologique

Article biochar précédent : biochar

Article dans le site des Éclaireurs de Canal +. https://leseclaireurs.canalplus.com/

Extraits :

Bon, la charbonnerie c’est assez nouveau comme définition !!!

Article complet : https://leseclaireurs.canalplus.com/articles/agir/produire-du-charbon-vegetal-en-tondant-sa-pelouse

Cet article oublie de citer notre installation avec fours et séchoir au Jardin de Fontanès. Il permet de faire ressortir le besoin de ressources humaines, de bénévoles actifs, et financières pour développer ces projets.

Au jardin j’ai reçu un groupe d’étudiants, futurs exploitants agricoles, avec qui j’ai partagé la réalisation de cuissons aux fours pour fabriquer du biochar. L’utilisation du biochar intéresse de plus en plus les maraichers.

Discussion sur le biochar autour des fours.
Rangement des déchets végétaux avant cuisson.

Les cuissons ont repris au Jardin de Fontanès. Mais le four en terre a subit les assauts des grosses pluies de l’automne. Il a donc fallut que je reprenne les enduits extérieurs. Paille et terre.

Cuisson dans le four mobile, toujours aussi performant.
Comme dans les pubs : avant…
après ! Je vous conseille la lotion paille – terre MA.
charbon végétal, biochar
Paille carbonisée.
Des mangeurs de carottes dans le jardin, aïe aïe aïe ! Le lapin aux carottes c’est bon aussi !